Soutenance de thèse de M. Boris CHASTANT

Thèse de doctorat en Ethnologie

Pourchasser les vers luisants et les lucioles. Captures entomologiques, captures ethnographiques

Entre 2021 et 2024, mon enquête ethnographique m’a conduit aux côtés de pourchasseurs de lucioles et de vers luisants en Europe. Ces personnes – naturalistes, scientifiques, artistes et/ou passionnées – se consacrent à la recherche de ces insectes lumineux dans l’obscurité des nuits estivales, donnant lieu à d’éphémères et intenses rencontres. Que se passe-t-il lors de ces expériences nocturnes ? Qu’en reste-t-il ? Ma thèse relate une série de captures – d’insectes, d’images et de souvenirs – à partir desquelles sont fabriqués des savoirs et de la poésie. Ces captures correspondent à des modalités relationnelles avec ces créatures, dont l’importance se trouve renforcée dans l’anthropocène, un monde changeant et incertain qui menace leur (sur)vie. Elles entrent en résonance avec les pratiques de collecte propres à l’ethnographie : au sein de l’obscurité des situations observées, qu’est-ce qui est effectivement capturé ? À rebours des concepts de culture ou d’identité, je saisis des fragments en clair-obscur d’un mouvement qui se maintient tant que ces insectes brillent. Cette pourchasse dessine, en creux, un monde traversé de mystères et une frontière fluctuante entre le stable et l’instable. Loin de marquer la distance à cette vie en mouvement, je mets en évidence la manière dont l’ethnographe y prend part et contribue à sa transformation.

Mots-clés : anthropocène, arts, capture, ethnographie, luciole, mouvement, nuit, savoirs, sciences, ver luisant


Chasing glowworms and fireflies. Entomological captures, ethnographical captures

Between 2021 and 2024, my ethnographic research took me toward fireflies’ and glowworms’ chasers in Europe. These people – naturalists, scientists, artists, and/or enthusiasts – dedicate themselves to look afterthese luminous insects in the darkness of summer nights, producing brief and intense encounters. What happens during these nocturnal experiences? What remains of them? My thesis describes a series of captures – of insects, images, and memories – from which knowledge and poetry are created. These captures correspond to relational modalities with these creatures, whose importance is amplified in the Anthropocene, an inconstant and unpredictable world that threatens their survival. They resonate with the collection practices specific to ethnography: within the obscurity of the observed situations, what is really captured? Contrary to concepts of culture or identity, I seize chiaroscuro fragments of a movement that persists as long as these insects glow. This pursuit, by contrast, draws a world riddled with mysteries and a fluctuating boundary between the stable and the unstable. Far from distancing myself from this life in motion, I highlight the way in which the ethnographer participates in it and contributes to its transformation.

anthropocene, arts, capture, ethnography, fireflies, glowworms, knowledge, movement, night, sciences

 

 

Illustration photographique d'Hiroshi Maeda