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- 12 juin 2026 14:00 – 19:00
- Campus Grands Moulins, Bât. Olympe de Gouges, salle 126
Thèse de doctorat en Philosophie politique
Significations éthique, politique et esthétique de la notion d’attitude-perspectives contemporaines à partir de Michel Foucault
Cette recherche interroge la notion d’attitude dans ses dimensions éthique, esthétique et politique, en s’appuyant sur la pensée de Foucault. Il s’agit de prolonger ses intuitions concernant l’inventivité éthique à partir de cette notion, comprise non comme disposition psychologique, mais comme orientation des conduites et transformation du rapport à soi et aux autres. Quelle est la logique du changement d’attitude découlant de la décision éthique ? Quelle part peut-on accorder à la créativité esthétique dans cette orientation des conduites ? Cette expérience de singularisation éthique permet-elle d’échapper à la politique de normalisation et à l’économie de la gouvernementalité ?
Une archéologie de la notion rappelle son origine artistique : à la Renaissance, elle désigne le lien entre gestes corporels et valeurs morales. Si l’analogie entre le bios et l’ethos n’est pas problématisée, elle est cependant mise à l’épreuve dans la peinture, avant de s’oublier dans une éthologie des passions à l’Age classique. L’approche généalogique, quant à elle, montre que l’attitude réapparaît en philosophie contemporaine à partir d’une relecture des penseurs antiques (Socrate, Cyniques, Stoïciens), des préceptes du Souci de soi, et de l’ascétisme chrétien. Enfin, avec la Modernité, l’attitude critique devient centrale pour saisir l’orientation volontaire des conduites. Cette étude examine ensuite la logique du changement d’attitude, envisagée par la philosophie comme une « conversion » dont il apparaît nécessaire de saisir le motif. Foucault montre qu’elle repose sur l’affirmation de la dimension transcendantale de l’existence humaine et sur une anthropologie contrariée que la philosophie partage avec les sciences humaines, dont la psychologie. Sa critique de la phénoménologie et de la pratique clinique qui s’en inspire, l’analyse existentielle, conduit au repérage d’a priori anthropologiques. Ce « cercle anthropologique » révèle finalement leur orientation normative. Dans un troisième moment, la volonté normative des sciences humaines est interrogée en elle-même. La psychologie pourrait-elle se limiter à l’analyse de comportements abordés comme des faits, comme le propose le behaviorisme ? Cette étude démontre que la « science des comportements » vise dès l’origine à modifier les attitudes considérées comme déviantes. Ainsi, les théories du conditionnement opérant (Skinner) élaborent des techniques de modification des attitudes. S’adressant d’abord aux individus, elles trouvent leur domaine d’application en psychologie sociale, développant les outils d’une ingénierie efficace. Ce gouvernement des attitudes, obéissant à une logique néolibérale, conduit à une normalisation et à un appauvrissement des manières d’être et d’agir. C’est pourquoi la dernière partie de notre recherche explore la possibilité d’une invention des attitudes échappant à cette normalisation. A travers l’étude des récits de vie des « anormaux », Foucault révèle dans le changement d’attitude une positivité « normative ». Les conduites « déviantes » expérimentent, individuellement et collectivement, des normes nouvelles, des formes sociales inédites. Ainsi l’invention d’attitudes se rapproche à nouveau de la création artistique : « faire de sa vie une œuvre d’art ». L’exposition When Attitudes Become Form (1969) témoigne de ce débordement de l’art sur la vie et de la possibilité d’une stylisation des existences. La dernière partie de cette recherche répond aux critiques qui portent sur cette « esthétisation de l’éthique ». Si seules des attitudes limites et marginales peuvent expérimenter la créativité éthique, il est pourtant possible de penser une résistance à la normalisation qui investisse le quotidien. L’attitude constitue alors une ressource théorique et pratique pour penser une éthique contemporaine, au-delà des morales prescriptives, en réintroduisant la liberté et la pluralité des formes de vie dans le gouvernement de soi.
Mots-clés : attitude, Foucault (Michel), éthique, esthétique, gouvernementalité, psychologie, phénoménologie, normalisation, style, critique
Ethical, Political, and Aesthetic Meanings of the Concept of Attitude: Contemporary Perspectives Based on Michel Foucault
This research examines the notion of attitude in its ethical, aesthetic, and political dimensions, drawing on Michel Foucault’s thought. Attitude is approached not as a psychological disposition but as an orientation of conduct and a transformation of the relation to oneself and to others. The study seeks to clarify the logic of attitude change implied by ethical decision, to question the role of aesthetic creativity in this process, and to explore whether ethical singularization can resist both normalization and the economy of governmentality. An archaeological perspective recalls the artistic origins of the concept: during the Renaissance, attitude denoted the link between bodily gestures and moral values. While the analogy between bios and ethos was not theorized, it was tested in painting before being eclipsed in the Classical Age by an ethology of the passions. A genealogical approach shows its reappearance in contemporary philosophy, notably through the rereading of ancient practices of the care of the self (Socrates, the Cynics, the Stoics) and Christian asceticism. In modernity, the critical attitude becomes central to understanding the voluntary orientation of conduct. This study then turns to the logic of attitude change, which philosophy often conceives as a form of “conversion” whose underlying motive must be clarified. According to Foucault, such change rests on the affirmation of the transcendental dimension of human existence and on a conflicted anthropology that philosophy shares with the human sciences, particularly psychology. His critique of phenomenology, and of the clinical practice derived from it’existential analysis’leads to the identification of anthropological a priori. This “anthropological circle” ultimately exposes their normative orientation. Foucault’s critique of phenomenology and existential analysis highlights the normative dimension of the human sciences. In the third stage, the normative intent of the human sciences is examined in its own right. Could psychology restrict itself to analyzing behavior as mere facts, as behaviorism suggests? This study shows that from its very beginnings, the “science of behavior” was designed to modify attitudes deemed deviant. Theories of operant conditioning (Skinner) thus developed techniques for altering attitudes. Initially applied to individuals, these methods were later extended to social psychology, providing tools for effective behavioral engineering. This government of attitudes, driven by a neoliberal logic, ultimately produces normalization and impoverishes ways of being and acting. This is why the final part of our research turns to the possibility of inventing attitudes that resist normalization. Drawing on Foucault’s study of the life stories of the “abnormal,” it highlights a “normative” positivity within changes of attitude. Deviant forms of conduct experiment’individually and collectively’with new norms and unprecedented social configurations. In this way, the invention of attitudes once again converges with artistic creation: the project of “making one’s life a work of art.” The exhibition When Attitudes Become Form (1969) illustrates this overflowing of art into life and the possibility of stylizing existence. This final section also addresses critiques of the so-called “aestheticization of ethics.” While it may seem that only marginal or extreme attitudes are capable of experimenting with ethical creativity, it is in fact possible to conceive of resistances to normalization rooted in everyday practices. Attitude thus emerges as both a theoretical and practical resource for a contemporary ethics that moves beyond prescriptive moralities, reintroducing freedom and the plurality of life forms into the government of the self.
attitude, Foucault, ethics, aesthetics, governmentality, psychology, phenomenology, normalization, style, critique